Si tout n’a pas péri avec mon innocence

de Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L.)

Un beau nom d’écrivain, un beau titre de livre (un vers extrait des Métamorphoses d’Ovide), un beau livre.

Kim (Kimberley) aime Baudelaire et Victor Hugo. Elle vit dans une famille de frapadingues. Sa mère, Gladys, est affligée d’un bec de lièvre dont elle tire parti comme pour renverser les canons de la beauté : elle est stripteaseuse dans une boîte minable. Le livre s’ouvre d’ailleurs avec la naissance de Gladys : un accouchement décrit de façon épique. La légende familiale dira plus tard que Gladys s’appelle ainsi, du même nom que la sage-femme qui a accouché sa mère, comme si cette dernière voulait se venger sur la sage-femme de la « monstruosité » de sa nouvelle née. Gladys aura 5 enfants (3 filles et 2 garçons) avec Patrick, personnage mignon (physiquement) mais falot, tatoueur de profession.

Kim est belle, brillante en classe, sportive. Elle essaie de protéger ses deux petits frères : Lorenzo et Esteban. Elle dort avec eux, joue avec eux, essaie de les défendre à l’école contre l’ignominie des autres enfants. Lorenzo, raillé depuis son enfance pour ses cheveux roux, ne pourra pas être sauvé de la bêtise humaine. Kim cherche sa sexualité, cherche à échapper à cette repoussante famille (à cheval entre la tribu Malaussène et les Groseille), à travers le sport et sa prof de gym.

Dans la seconde partie, Gladys Esperandieu, la sage-femme, refait son apparition, reconvertie en prostituée au grand coeur, entourée d’un mainate cultivé et grivois et d’un chat. Sous son toit, Kim s’essaiera à la prostitution. Le personnage de Gladys ne m’a pas tout de suite convaincue mais il prend tout son sens dans la suite du récit comme remplaçante de la grand-mère de Kim, partie faire un retour aux sources en Algérie. Cette grand-mère, seul personnage bienveillant et aimant de la famille, va disparaître dans son Algérie natale.

Et il y a ce merveilleux personnage de Charonne, magnifique déesse noire, majestueuse dans son obésité (l’auteure prétend détester les maigres). Charonne est l’amie de Lorenzo. Sa personnalité qui en impose autant que son physique, ne suffira pas à le protéger. Charonne est aussi une blessée de la vie, une abusée par la violence (excisée et violée).

Et le livre se termine sur le début de l’histoire d’amour entre Charonne et Kim. Avec, tout au long des chapitres, des vers de Baudelaire, « le seul Charles qui vaille », dixit Kimberley.

Lu en 2015 sur les conseils de Mélanie, ma libraire.

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