Un roman russe

de Emmanuel Carrère (P.O.L)

Rarement un livre m’aura autant agacée avec, parfois, l’impression d’être devant une imposture. Et pourtant, je suis partagée entre dire « attention chef d’oeuvre » ou « passez votre chemin, lecteur ».

Tout n’est que prétexte à parler de lui, l’auteur, et toujours de lui : le personnage hongrois abandonné de tous et retrouvé des décennies après la seconde guerre mondiale, le grand-père maternel, peut-être exécuté pour faits de collaboration (il était traducteur pour la Gestapo), la farouche volonté de vouloir à tout prix apprendre le russe, …

Ce qui m’a le plus agacée, c’est sans doute l’histoire de la nouvelle parue dans Le Monde. Tout ce stratagème pour que son amie, à qui la nouvelle était destinée, la lise exactement à l’heure que lui, l’auteur, a décidée, c’est-à-dire dans le train qui amène l’amie à La Rochelle pour le rejoindre. Le fantasme érotique est vraiment à deux balles et je me demande comment il n’est pas mort de honte ensuite devant son entourage, parents et amis, après la parution du livre. Cependant, la construction de ce passage est géniale. Carrère est un véritable écrivain qui nous sert de l’autofiction avec beaucoup de brio.

Je le trouve injuste avec sa mère : pourquoi la forcer à dévoiler l’histoire de son père ? Pour moins souffrir ? Mais de quoi souffre-t-il au juste ? Un monstre d’égoïsme ce Carrère !

Lu en 2007

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