Les braises

de Sandor Marai (Le Livre de poche)

Sandor Marai est un auteur hongrois du 20e siècle qui a vécu en exil aux Etats-Unis de 1948 à 1989. Il s’est suicidé. Il semble avoir eu une production littéraire importante.

Je découvre cet auteur par ce livre de facture très classique : un roman du 19e siècle. C’est très beau.

Le livre raconte la confrontation entre deux amis autrefois très proches et que la vie a séparés pour une raison qui est révélée au fur et à mesure du récit. Le lecteur pressent ce qui s’est passé mais toujours avec incertitude en raison de l’habileté de l’auteur dans sa façon d’organiser le récit.

Conrad et Henri se sont rencontrés à l’âge de 10 ans, dans une sorte de pension qui ressemble plutôt à une académie militaire. Nous sommes au début du 20e siècle. Henri – qui est souvent désigné comme « le fils de l’Officier de la Garde » puis comme « le général » quand le récit nous ramène aux retrouvailles des deux héros – est d’une famille aristocratique aisée. Leur constitution physique et leur statut social les opposent dès leur première rencontre. Conrad est « vigoureux » ; Henri « de constitution délicate ». Page 36 :

« Bien que maigre, Conrad était vigoureux, comme les enfants de très vieille race chez lesquels l’ossature prévaut sur la chair. Il était plus haut que son camarade, nullement paresseux, plutôt volontairement réservé.  (…) Dès les premiers instants, les deux enfants vécurent en frères. (…) Leur amitié était profonde et grave comme les sentiments qui doivent durer une vie entière. Et, comme dans toute grande affection, il s’y mêlait un sentiment de pudeur et de culpabilité. On ne peut, en effet, isoler de ses proches nul être humain. »

Page 54, une description du contexte de l’époque quand Conrad et Henri sont âgés d’une vingtaine d’années :

« En ces temps-là, Vienne et tout l’empire austro-hongrois formaient comme une grande famille dans laquelle Hongrois, Allemands, Moraves, Tchèques, Serbes, Croates et Italiens comprenaient que seul un Empereur était à même de maintenir l’ordre au milieu des désirs extravagants et des revendications passionnées de ses sujets, oui, seul cet Empereur qui était à la fois maréchal des logis et souverain bureaucrate et grand seigneur. »

Page 189. Lors de la discussion entre Conrad et Henri, au cours de ce diner où tout nous est révélé sur leur séparation, Henri témoigne de son pessimisme (la seconde Guerre Mondiale est proche) :

« Il se peut que ce monde-ci touche à sa fin. (…)Il se peut que la lumière qui éclaire notre univers s’éteigne et que nous soyons plongés dans une obscurité pareille à celle de cette nuit. Peut-être même quelque cataclysme, pire que la guerre, est-il déjà déclenché et, dans l’âme humaine, partout, les choses évoluent-elles de telle façon que tout ce qui doit être réglé le sera par le fer et le sang. »

L’autre personnage important du livre est Nini, la gouvernante nonagénaire d’Henri. Et aussi Christine, sa femme décédée. Au bout de la nuit, le récit se dénoue sur la vérité et la raison pour laquelle l’amitié entre les deux hommes s’est brisée. Tout s’est joué lors d’une partie de chasse après laquelle Conrad s’est enfui à l’autre bout du monde. Depuis la disparition de Conrad jusqu’à la mort de Christine, huit ans plus tard, Henri n’a plus jamais adressé la parole à sa femme…

Très beau, très triste.

Lu en 2016

 

 

 

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