Le théâtre de Sabbath

de Philip Roth, Folio, traduit de l’anglais par Lazare Bitoun

Mickey Sabbath est le type de personnage à qui on peut donner bien des qualificatifs : gargantuesque (comme le définit la 4e de couverture), satyre, obsédé sexuel, hors norme, presque mythologique, etc.

thea%cc%82tre-de-sabbathA 64 ans, marié et bedonnant, cet ex-marionnettiste, vit une relation sexuelle intense avec Drenka, sa maîtresse, restauratrice d’origine croate, très ouverte aux fantaisies de la libido de Sabbath… A partir de la mort brutale de Drenka, Sabbath va vivre une série de péripéties qui lui feront remonter le cours de sa vie : ses débuts de marionnettistes dans les rues de New-York où il sera arrêté pour attentat à la pudeur (les marionnettes de Sabbath, ce sont ses doigts maintenant perclus d’arthrose) ; sa première femme, Nicki, une comédienne étrange qui disparaît dans des conditions jamais élucidées (Sabbath s’en est-il débarrassé ?) ; sa seconde femme, Roséanna, avec qui Sabbath tente de maintenir un lien en allant lui rendre visite dans la clinique où elle suit une cure de désintoxication. Cette visite est un moment vraiment étonnant du livre. En attendant sa femme dans une salle d’attente de la clinique, Sabbath rencontre un homme qui est autorisé à quitter l’établissement par les médecins mais qui n’y arrive pas, et même qui ne veut pas se retrouver à l’extérieur. Sabbath se met alors à jouer avec lui (un pari idiot sur la prise de tension des patients qui défilent dans le bureau des infirmières) et avec d’autres patients, dans une scène en suspension, un morceau de folie douce, un instant de complicité entre des personnes qui viennent à peine de se rencontrer et ne se reverront pas. Sabbath est donc capable d’empathie ?

Pourtant Mickey Sabbath n’est pas sympathique. On se demande souvent pourquoi il n’est pas déjà mort cent fois, vu son degré de cynisme envers tous ceux qui l’entourent (à l’exception de Drenka, qu’il va pleurer tout au long du livre). Il est d’ailleurs difficile d’accrocher sa sympathie à l’un des personnages : c’est cynique, souvent très cru, sans espoir envers l’humanité. Et pourtant, il est tellement humain ce Mickey Sabbath qu’à la fin il pleure son grand frère, tué lors de la seconde guerre mondiale et dont il retrouve, avec émotion, les lettres écrites à ses parents. Sabbath n’est-il pas ce petit garçon abandonné par un grand frère adoré, mort en héros ?

Je dois reconnaître que ma représentation visuelle de Mickey Sabbath a été très influencée par la couverture choisie par les éditions Folio : une reproduction d’un tableau d’Otto Dix, intitulé Marin et jeune fille. Une image cruelle, vivante, des visages diaboliques, grimaçants.

On se demande souvent pourquoi Philip Roth n’a jamais obtenu le Prix Nobel de littérature, vu la puissance de son oeuvre. Comme le soulignait un critique littéraire entendu dans l’émission La compagnie des auteurs, certains passages de l’oeuvre de Ph. Roth sont sans doute trop osés au goût du nordique (et puritain ?) jury.

Pour qui n’a jamais lu du Ph. Roth, je conseillerais de commencer plutôt par « Pastorale américaine » ou « Le complot contre l’Amérique » (une uchronie dans laquelle Charles Lindbergh devient président des Etats-Unis).

Lu en 2016

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