Après l’hiver

de Guadalupe Nettel, Edition Buchet-Chastel, traduit de l’espagnol (Mexique) par François Martin

Le récit en parallèle de deux exilés : Cécilia étudiante mexicaine un peu perdue dans Paris et et Claudio, exilé cubain à New-York. Dans les romans, les parallèles sont faites pour se rencontrer…les deux trajectoires de Claudio et Cécilia vont se croiser à Paris, puis à New-York avant de se séparer.

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Paris, octobre 2012

De la fenêtre de son petit appartement de Ménilmontant, Cécilia contemple quotidiennement le cimetière du Père Lachaise. Une vue dont elle ne se lasse pas tant elle s’harmonise avec son humeur solitaire et mélancolique. Une attirance pour la tranquillité des cimetières qu’elle partage avec son voisin Tom, dont elle fera la connaissance le jour où il viendra se plaindre du bruit provoqué par la radio de Cécilia, allumée jour et nuit. Un bruit de fond qui semble indispensable pour couvrir la solitude de Cécilia mais qu’elle n’entend même plus. Tom et Cécilia visitent régulièrement les tombes des étrangers qui, comme eux ont vécu à Paris, avant d’y être enterrés…

Si Cécilia vient du Mexique, Tom vient de partout : il a vécu à Rome, à New-York, doute se de sa nationalité. Malade, il va régulièrement se réchauffer sous le soleil de la Sicile, dans un lieu mystérieux où il disparaît quelque temps avant de revenir se soigner auprès de Cécilia. Pendant ce temps, à New-York, Claudio entretient une relation avec Ruth, riche femme d’affaires plus âgée que lui. C’est à l’occasion d’un voyage organisé par Ruth, à Paris, que Claudio va rencontrer Cécilia.

Après l’hiver est un roman des solitudes. Solitude de Cécilia dans un Paris qu’elle ressent comme hostile et dont le froid la fige : elle se décrit toujours vêtue de plusieurs couches de vêtements. On se demande parfois pourquoi elle ne retourne pas dans son chaud pays natal. Ses études ne semblent guère l’intéresser. Mais il y a Tom, puis la rencontre avec Claudio. Solitude de Tom face à la maladie. Solitude de Claudio qui préfère se réfugier dans une vie très organisée entre son travail, le sport et sa relation avec Ruth. Chaque matin quand il s’habille, il répète les gestes nécessaires exactement dans le même ordre. Et solitude aussi de Ruth, la cougar new-yorkaise faussement passive.

Toutes ces solitudes se rencontrent dans un Paris qui n’est ni fantasmé ni romantique. Le portrait de la ville et de ses habitants fait réfléchir. Et pourtant il est dressé par des personnes qui apprécient et connaissent bien Paris et sa culture. Comme s’il existait un hiatus entre l’âme de Paris et ses habitants aujourd’hui. Page 64 : « En France, les provinciaux critiquent la dureté des Parisiens et les considèrent comme un fléau qui gâche la beauté de leur capitale. Ce qui est sûr, c’est qu’au bout de deux mois, pas plus, on commence déjà à se sentir imprégné de cette apathie râleuse et asociale. Il n’est même pas nécessaire de parler aux autres pour être contaminé. Le moindre contact avec ses habitants – dans le métro, dans l’escalier d’un immeuble ou à la boulangerie – est suffisant pour qu’on commence à noter les symptômes. »

Après l’hiver se lit avec grand plaisir, comme on écoute une musique douce et mélancolique qui laisse dans le coeur une petite douleur.

Un roman que j’ai découvert grâce à la revue Lire. Il est toujours plaisant de découvrir un nouvel auteur d’autant plus quand sa lecture est recommandée par Enrique Vila-Matas (un de mes auteurs fétiches).

Lu en 2017

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