Lectures d’été

Il était temps d’en parler ! Voici un rapide (plus ou moins) tour d’horizon des livres que j’ai lus cet été…mais qui peuvent se lire toute l’année.

MRS Roucas Blanc

Marseille, août 2017, Le Roucas Blanc Le chemin qui descend vers la plage du Prophète

Mansfield Park, de Jane Austen, Archipoche, traduit de l’anglais par Henri Villemain

J’ai lu cet ouvrage grâce à…Vladimir Nabokov. Professeur de Lettres à Cornell University dans les années 50, V. Nabokov avait mis Jane Austen au programme de ses cours. Les éditions Bouquins ont eu l’excellente idée de publier les cours du grand Vladimir (Littératures, V. Nabokov, Robert Laffont) et c’est ainsi que j’ai découvert cet ouvrage de J. Austen. Je dois avouer que sans le soutien de cette lecture parallèle je n’aurais pas apprécié tant que ça Mansfield Park et son héroïne un peu fade. Résumons : « Issue d’une famille miséreuse, Fanny Price est âgée de 10 ans quand elle est adoptée  par son oncle maternel, Sir Thomas Bertram, qui va prendre en charge son éducation. Accueillie dans le domaine de Mansfield Park, Fanny est élevée avec ses cousins et cousines qui, à l’exception d’Edmund, la traitent avec indifférence ou mépris. » (J’ai repris le texte de la 4e de couverture), « Famille miséreuse »…l’adjectif est un peu exagéré…disons que la mère de Fanny a eu moins de chance que sa soeur, Lady Bertram. Fanny est une héroïne que je qualifierais (de façon triviale), de « pas marrante du tout ». Elle est très réservée, rabat-joie, et ne présente pas les qualités particulières qui ont fait le succès des autres héroïnes de J. Austen. Mais plus elle grandit, plus elle devient intéressante aux yeux des hommes de Mansfield Park (son cousin Edmund, les visiteurs, son oncle) et du lecteur. Au fur et à mesure elle se révèle sensée, subtile et d’apparence de plus en plus épanouie. Le plus intéressant dans ce livre est sans doute sa construction en grandes séquences avec notamment la visite au domaine des riches voisins, les Rushworth ou encore la tentative avortée de monter une pièce de théâtre interrompue par l’arrivée impromptue de Lord Bertram ; et aussi les portraits acérés de Lady Bertram et de sa soeur, l’inénarrable Mme Norriss qui tient Fanny en grand mépris. Bref ! J. Austen nous dresse un tableau très malin des occupations de l’aristocratie anglaise.

Le dimanche des mères, de Graham Swift, Gallimard, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek

Un siècle et quelques années plus tard, nous voici de nouveau dans la campagne anglaise, ses aristocrates, leurs domestiques…

Nous sommes en 1924. Une fois par an, les domestiques disposaient d’un dimanche pour rendre visite à leurs parents. Mais Jane, la femme de chambre des Niven est orpheline. Cependant, elle ne va passer sa journée seule. Elle va retrouver son amant Paul, jeune homme de bonne famille et amant de longue date de Jane, pour une matinée amoureuse. Ils se quittent car Paul doit aller rejoindre sa fiancée avec qui il doit bientôt se marier. Jane et Paul ne se reverront plus….Après le départ de Paul, Jane erre, nue, dans la maison des Sheringman avant de repartir et d’apprendre pourquoi elle ne reverra plus Paul.

C’est un très joli récit qui évoque finement la séparation des classes sociales et les liens qui pouvaient cependant se tisser entre les domestiques et ceux qu’ils servaient (pas seulement les liens amoureux comme en témoigne la façon dont M. Niven va apprendre à Jane ce qui est advenu à Paul). Jane ne restera pas toute sa vie domestique. Elle aime la littérature grâce à la bibliothèque des Niven à laquelle elle accède librement. Jane raconte son histoire alors qu’elle est devenue une auteure célèbre et âgée.

Recommandé par Sylvie B.

La terre qui les sépare, Hisham Matar,traduit de l’anglais par Agnès Desarthe

MRS La Corniche 2

Marseille, août 2017, La Corniche

Un beau récit d’un auteur d’origine libyenne à la recherche de son père, disparu dans les geôles de Khadafi. Une vie éclatée entre l’Egypte, où la famille s’est exilée pour fuir la Libye, New-York puis Londres où Hisham finit par s’installer. Une vie consacrée à la recherche de son père dont personne n’a retrouvé la trace après la chute du régime de Khadafi. Hisham interroge d’anciens compagnons de prison, alerte l’opinion internationale…rien. A chaque page (ou presque), Hisham est dans un endroit différent, on s’y perd comme dans le désespoir de ce fils. Un récit dont on ressort humble devant ses vies écrasées par le destin de leurs pays.

L’ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud

Un livre étonnant qui tient de la reconstitution historique. Sujet : comment l’Europe s’est couchée devant Hitler à la veille de l’Anschluss (12 mars 1938). Le tout en 16 chapitres et 150 pages que j’ai lues, médusée ! Une « honte » racontée à travers plusieurs épisodes historiques révélateurs de l’ambiance qui régnait en Europe, dont notamment l’ouverture du livre (« Une réunion secrète ») qui raconte la réunion au cours de laquelle les 24 plus grands industriels allemands on prêté allégeance à Hitler. Autres chapitres marquants : les réunions, en tête à tête, entre Hitler et le chancelier autrichien Schuschnigg, et, véritable morceau de bravoure, le chapitre intitulé « Déjeuner d’adieu à Downing Street ». Le 12 mars 1938, Chamberlain convie à déjeuner Ribbentrop, alors ambassadeur d’Allemagne en Angleterre et rappelé par Hitler. Churchill assiste à ce déjeuner au cours duquel le Premier Ministre reçoit une note l’informant du mouvement des troupes allemandes vers l’Autriche. La politesse et les règles de la diplomatie empêchent les Anglais de réagir alors que Ribbentrop s’ingénie à prolonger le repas au son d’une conversation futile (le tennis, la gastronomie française, etc.). A la fin du chapitre, Monsieur et Madame Ribbentrop se réjouissent du « bon tour » qu’ils ont joué à Chamberlain :

pp. 95/96 « Ils s’étaient évidemment  parfaitement rendu compte qu’une fois la note apportée par l’agent du Foreign Office, Chamberlain avait paru préoccupé, affreusement préoccupé. Et, bien sûr, ils savaient exactement ce qu’il y avait dans cette note, les Ribbentrop, et ils s’étaient donné pour mission de faire perdre à Chamberlain, et au reste de son équipe le plus de temps possible. Ainsi, ils avaient éternisé ce repas, puis le café, puis les discussions dans le salon jusqu’à la limite du raisonnable. Pendant ce temps, Chamberlain n’avait pu parer au plus pressé, il avait été occupé à causer de tennis et à déguster des macarons. Les Ribbentrop, jouant sur sa trop grande politesse, une politesse presque maladive, puisque même la raison d’Etat pouvait attendre, l’avaient très utilement détourné de son travail. C’est que cette note apportée par un agent du Foreign Office, et dont le mystère s’étira durant cet interminable repas, contenait une terrible nouvelle : les troupes allemandes venaient d’entrer en Autriche. »

Et si Chamberlain avait été moins poli, le cours des événements en aurait-il été changé ? Cet épisode fait partie d’un enchaînement de lâchetés. Une lecture glaçante mais indispensable pour se rappeler comment tout a commencé. J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent les historiens.

Recommandé par Sylvie B. et retenu dans la sélection du Prix Goncourt 2017

Limonov, Emmanuel Carrère, Folio

Un des livres d’E. Carrère que je n’avais pas encore lu. Je ne suis jamais déçue par E. Carrère, même si les intrusions de son moi dans ses récits m’agacent toujours un peu (cf. Le Royaume). Dans ce livre, les références à la vie d’E.C. m’ont semblé pertinentes car je ne connaissais pas Limonov, je ne me souviens pas d’en avoir entendu parler et comme je suis de la même génération qu’E.C. ses allusions à sa vie personnelle et au contexte dans lequel il évoluait m’ont aidée à me repérer.

Limonov est une personnalité dont la description ne m’a pas particulièrement emballée, mais quelle vie ! Sur la photo de couverture des éditions Folio, il ressemble à R. Noureev. Selon E. Carrère, Limonov est aussi un grand écrivain. Il faut lui faire confiance ou lire des ouvrages de Limonov. Mais suffit-il d’avoir eu un destin hors du commun pour être un grand écrivain ? Et comme E. Carrère est un fin connaisseur de la Russie et des ses habitants, la lecture de ce livre est particulièrement intéressante pour comprendre « l’âme russe ».

J’ai ouvert ce récapitulatif estival sur un célèbre russe et le referme sur un autre russe…(je ne l’ai pas fait exprès…).

 

 

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Un commentaire pour Lectures d’été

  1. Rose Noyer dit :

    Bonne idée d’intercaler des photos de vacances de Marseille😎🏄

    J'aime

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