Une lecture d’été primée en automne

Voilà ce que j’écrivais en septembre sur le prix Goncourt 2017

L’ordre du jour, Eric Vuillard, Actes Sud

Un livre étonnant qui tient de la reconstitution historique. Sujet : comment l’Europe s’est couchée devant Hitler à la veille de l’Anschluss (12 mars 1938). Le tout en 16 chapitres et 150 pages que j’ai lues, médusée ! Une « honte » racontée à travers plusieurs épisodes historiques révélateurs de l’ambiance qui régnait en Europe, dont notamment l’ouverture du livre (« Une réunion secrète ») qui raconte la réunion au cours de laquelle les 24 plus grands industriels allemands on prêté allégeance à Hitler. Autres chapitres marquants : les réunions, en tête à tête, entre Hitler et le chancelier autrichien Schuschnigg, et, véritable morceau de bravoure, le chapitre intitulé « Déjeuner d’adieu à Downing Street ». Le 12 mars 1938, Chamberlain convie à déjeuner Ribbentrop, alors ambassadeur d’Allemagne en Angleterre et rappelé par Hitler. Churchill assiste à ce déjeuner au cours duquel le Premier Ministre reçoit une note l’informant du mouvement des troupes allemandes vers l’Autriche. La politesse et les règles de la diplomatie empêchent les Anglais de réagir alors que Ribbentrop s’ingénie à prolonger le repas au son d’une conversation futile (le tennis, la gastronomie française, etc.). A la fin du chapitre, Monsieur et Madame Ribbentrop se réjouissent du « bon tour » qu’ils ont joué à Chamberlain :

pp. 95/96 « Ils s’étaient évidemment  parfaitement rendu compte qu’une fois la note apportée par l’agent du Foreign Office, Chamberlain avait paru préoccupé, affreusement préoccupé. Et, bien sûr, ils savaient exactement ce qu’il y avait dans cette note, les Ribbentrop, et ils s’étaient donné pour mission de faire perdre à Chamberlain, et au reste de son équipe le plus de temps possible. Ainsi, ils avaient éternisé ce repas, puis le café, puis les discussions dans le salon jusqu’à la limite du raisonnable. Pendant ce temps, Chamberlain n’avait pu parer au plus pressé, il avait été occupé à causer de tennis et à déguster des macarons. Les Ribbentrop, jouant sur sa trop grande politesse, une politesse presque maladive, puisque même la raison d’Etat pouvait attendre, l’avaient très utilement détourné de son travail. C’est que cette note apportée par un agent du Foreign Office, et dont le mystère s’étira durant cet interminable repas, contenait une terrible nouvelle : les troupes allemandes venaient d’entrer en Autriche. »

Et si Chamberlain avait été moins poli, le cours des événements en aurait-il été changé ? Cet épisode fait partie d’un enchaînement de lâchetés. Une lecture glaçante mais indispensable pour se rappeler comment tout a commencé. J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent les historiens.

Recommandé par Sylvie B. et retenu dans la sélection du Prix Goncourt 2017

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