Livres en retard

J’attaque la pile de livres lus et qui n’avaient pas encore reçu leurs notes de lecture (voir la photo). Elle se dresse au coin de mon bureau pour me rappeler, chaque jour, que je dois rédiger ces notes. Entre le boulot, les fêtes de Noël et la grippe…il me restait peu de temps pour rédiger mes comptes rendus. Pour 2018, je forme le voeu d’une plus grande régularité dans mes publications.

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Ma pile en retard (PER)

Et voici quelques lectures de la fin de l’année 2017 qui m’ont plu, touchée, fait pleurer, etc.

L’envers du temps de Wallace Stegner, Editions Gallmeister, traduit par Eric Chedaille.

Un des mes auteurs américains préférés. L’histoire d’un homme, Bruce Mason (que l’on avait connu enfant dans La Montagne en sucre), ambassadeur en retraite, qui revient dans sa ville natale, Salt Lake City, pour les funérailles de sa tante. Sa mémoire revient par tranches. Il a « roulé sa bosse sur toute la terre » et quand il revient, la confrontation avec ceux qui sont restés s’avère redoutable. Page 154 (alors qu’il doit retrouver un de ses amis de jeunesse) : « C’est impossible, non parce qu’il redoute Joe, mais parce qu’il redoute le temps, le changement de sa propre personne. Après un aussi long silence, le moindre mot de sa part, la réponse à la question la plus simple pourraient passer aux yeux de Joe pour la parole d’un type qui s’en est allé, qui a oublié tous ses vieux amis et qui s’en revient aujourd’hui, riche et célèbre – telle pourrait être leur vision -, après avoir roulé sa bosse sur toute la terre, se pavaner dans la ville qui l’a vu grandir. » Ce que Wallace Stegner fait éprouver, à travers les réactions de Bruce « c’est l’étrangeté de ce qui fut jadis familier ». Quiconque a quitté les lieux de son enfance ou de sa jeunesse depuis longtemps ne peut qu’être en empathie avec les sentiments de Bruce…Même s’il est plus fréquent aux USA de quitter sa ville natale pour aller faire ses études ou pour son travail. Les liens familiaux, si importants soient-ils dans la culture américaine, se cultivent souvent à distance.

Bruce Mason n’a pas eu une jeunesse facile et notamment en raison des relations avec son père. Un père difficile, souvent absent, un avatar de celui de La Montagne en sucre : « Il se dit qu’il était assez facile de se consoler d’une fille, qui représente dans une certaine mesure un choix. Cela l’était moins de guérir de ses parents, qui, eux, procèdent du destin. » Bruce travaille dur pour se payer ses études et W. Stegner donne des détails concrets sur la vie d’un étudiant américain, sans doute telle qu’il l’a vécue lui-même : « Il travaillait 40 h par semaine en période de cours, 60 h pendant les vacances. Il se payait des vêtements et s’était acheté une voiture. Il avait près de 1 000 dollars sur son compte bancaire. Au cours de cette dernière année universitaire, il était rédacteur en chef du magazine littéraire et faisait des corrigés (…) ».

L’envers du temps n’est pas un livre nostalgique sur la jeunesse passée. Le retour de Bruce Mason à Salt Lake est douloureux. Il se demande pourquoi il est revenu même si la raison « officielle » est liée au décès de sa tante. En retraversant Salt Lake, Bruce est le spectateur de sa jeunesse sur laquelle il porte un regard amer.

L’envers du temps, paru en 1979 aux Etats-Unis était encore inédit en France. Merci aux éditions Gallmeister de l’avoir édité. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore cet auteur (les chanceux, ils vont avoir le plaisir de découvrir cet immense écrivain), je conseillerais de commencer plutôt par des romans tels que « La vie obstinée« , « Angle d’équilibre » ou « Vue Cavalière« .

Le jour d’avant, de Sorj Chalandon

On me reproche parfois de privilégier les auteurs étrangers : c’est vrai que j’apprécie beaucoup la littérature étrangère mais je ne néglige pas pour autant la littérature française (surtout les classiques) et Sorj Chalandon fait partie de mes auteurs contemporains – et français – favoris.

En lisant Le jour d’avant, j’ai pleuré. Particulièrement lors du passage qui raconte le procès. Voilà longtemps que je n’avais pas été émue par un livre au point de pleurer.

Les mineurs contre les salauds qui dirigent la mine : image traditionnelle rapidement revisitée par une vision plus proche de nous. Ce n’est plus Germinal même si on retrouve cette inébranlable humanité qui fait la force des mineurs. La construction du roman est vraiment habile : jusqu’au bout le lecteur s’accroche à cette vision d’un amour fraternel sublimé par un désir de vengeance mais c’est sans compter sur le talent de S. Chalandon qui nous amène de façon adroite de l’universel à l’histoire particulière d’un homme confronté à sa conscience.

La dernière fois que j’avais sangloté en lisant c’était à cause de la mort du Père Goriot. Alors, après avoir refermé « Le jour d’avant » j’ai relu « Le Père Goriot »  pour retrouver cette émotion. Elle était toujours là mais moins violente. Et puis le père Goriot (le personnage) m’a plus agacée que dans ma lecture de jeunesse…Relire est toujours une surprise…

Bientôt (rapidement), la suite des « lectures en retard ».

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2 commentaires pour Livres en retard

  1. lapatoune1 dit :

    J’ai également pleuré au grand étonnement de mes voisins de lecture 🙂

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  2. CAMBAZARD dit :

    Moi aussi j’aime bien les livres de Sorj Chalandon. Ta critique sur Le jour d’avant m’a donné envie de le lire… Je me demande si je vais moi aussi pleurer? Bonne idée de mettre une photo de tes piles de livres!!!

    J'aime

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