Tropique de la violence

de Nathacha Appanah, folio

Chaque année, 20 000 personnes fuient les Comores pour rejoindre clandestinement Mayotte, 101e département de France, situé à 70 kms des côtes comoriennes. Parmi elles, des femmes qui viennent y accoucher pour que leurs enfants puissent bénéficier de la nationalité française.

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La mère de Moïse, le héros du roman de Nathacha Appanah, est une de ces femmes, mais elle est venue à Mayotte pour abandonner son fils dont les yeux vairons sont la marque du diable selon certaines croyances. Cet enfant est recueilli puis adopté par Marie, une infirmière, qui lui donnera le prénom de Moïse.

Marie a quitté sa région natale pour suivre Chamsidine, son mari, à Mayotte : il la quittera sous prétexte que Marie ne peut pas avoir d’enfant. L’arrivée de Moïse dans la vie de Marie est une heureuse parenthèse : ensemble, la mère et l’enfant, vont vivre quelques années de douceur avec les chansons de Barbara en fond sonore et la lecture obsédante de L’Enfant et la Rivière, d’Henri Bosco, un livre qui hantera et soutiendra Moïse pendant sa courte vie.

Mayotte, « l’île aux parfums, l’île au lagon » : une dénomination paradisiaque pour un lieu qui va transformer la vie de Moïse en enfer comme si la malédiction de ses yeux vairons était inévitable. L’histoire de Moïse est racontée à travers cinq voix, dont certaines issues de l’au-delà : Moïse, Marie, Bruce, le chef de bande du bidonville « Gaza », cruel, violent et l’instigateur de la chute de Moïse, Olivier, le policier qui tentera d’empêcher le lynchage de Moïse, et Stéphane, l’humanitaire fraîchement débarqué à Mayotte et qui, lui aussi tendra la main à Moïse. Stéphane porte un regard grinçant sur les motivations des humanitaires, une façon de nous dire à quel point Mayotte est un territoire oublié : « J’avais 27 ans et nous n’étions que deux à être volontaires pour venir ici. Mayotte c’est la France et ça n’intéresse personne. Les autres voulaient aller en Haïti, au Sri Lanka, à Madagascar, en Ethiopie. Ils voulaient de la « vraie misère », de la misère centenaire ancrée comme une mauvaise racine, des pays « où c’est chaud », des endroits où les tempêtes succèdent aux guerres, où les tremblements de terre suivent les sécheresses. Le nec plus ultra, celui qui en jette sur le CV, restait Gaza, le vrai Gaza en Palestine je veux dire, mais c’était réservé aux plus expérimentés. Moi je voulais juste partir et j’ai donc signé pour Mayotte. » 

A travers le destin de Moïse, tout le tragique de Mayotte nous saute aux yeux même si, pour peu qu’on suive l’actualité, nous ne pouvons ignorer les problèmes de cet archipel de l’Océan indien. On ne peut s’empêcher d’éprouver des sentiments de découragement et de désespoir à la lecture de ce conte tragique au terme duquel Moïse ne sera pas sauvé.

Nathacha Appanah est une auteure que j’ai découverte grâce à un joli livre, mélancolique et mystérieux, En attendant demain

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