Rétrospective 2019 – Episode 2

Je rattrape le retard, je rattrape le retard mais la pile se remplit sans cesse, alors je sélectionne…

Les découvertes

Anaïs Llobet – Des hommes couleur de ciel – Les éditions de l’Observatoire
L’histoire de deux frères tchétchènes, Oumar et Kirem, réfugiés à La Haye et qui essaient de vivre leur jeunesse dans un pays qui leur est étranger.
Oumar, se fait appeler Adam quand il vit sa double vie d’homosexuel en se cachant de sa famille, jusqu’au moment où il se fait surprendre par son cousin Makhmoud qui voudrait le tuer conformément au code d’honneur de sa famille.
Un attentat fait des dizaines de morts dans le lycée où étudie Kirem et dont Oumar est un ancien élève. Qui est coupable ? Les deux frères et leur cousin sont-ils complices ? Makhmoud a-t-il fait pression sur Oumar ?
Le livre commence par le récit de l’attentat au travers d’Alissa, professeur de russe au lycée. Alissa est aussi d’origine tchétchène mais fait tout pour le cacher (elle surveille toujours son accent surtout quand elle témoigne auprès de la police). Oumar et Kirem ont été les élèves d’Alissa. Oumar, extraverti et bien intégré dans la classe ; Kirem introverti et qui lui remet des dissertations incompréhensibles en langue tchétchène. Si Alissa avait lu les textes de Kirem, aurait-elle pu déceler ce qui risquait de se passer ?
Car Kirem est le suspect idéal mais a-t-il agi seul ?
Un récit nerveux, une intrigue très bien menée, « Des hommes couleur de ciel » montre que l’on peut faire de la bonne littérature avec des sujets d’actualité.
A noter que Anaïs Llobet est journaliste. « En poste pendant cinq ans à Moscou elle a effectué plusieurs séjours en Tchétchénie, elle a couvert notamment la persécution d’homosexuels par le pouvoir local. » (dixit la 4e de couverture).
Un livre découvert grâce aux Arpenteurs.

Nastassja Martin – Croire aux fauves – Verticales
Une histoire vraie dont N. Martin a tiré un récit étrange, envoûtant, curieux, parfois dérangeant.
L’auteure est anthropologue, spécialiste des populations arctiques. Au cours d’un séjour au Kamtchatka (région volcanique de Russie) auprès des Evènes dont « elle partage le quotidien forestier » (ce sont des chasseurs), Nastassja est attaquée par un ours qui lui dévore une partie du visage. Le récit en est effrayant.
Le livre commence au moment où, après l’attaque, Nastassja se retrouve seule en attendant les secours. A partir de là, cette jeune anthropologue intéressée aussi par le sujet de l’animisme, nous plonge dans sa tête où défilent d’étranges idées. Elle pense être habitée en partie par l’ourse (c’est une femelle) qui l’a défigurée, et avoir laissé une partie d’elle-même dans l’animal. Après son hospitalisation, elle décide de retourner chez les Evènes avec l’idée de croiser – peut-être – une nouvelle fois l’ourse. Comme si elles avaient rendez-vous….Mais la communauté dans laquelle elle était si bien intégrée se méfie maintenant de cette femme en partie animale. Les croyances persistent.
Difficile de ne pas penser au récit de Philippe Lançon, Le Lambeau. Une évidence car les deux auteurs ont été atteints dans leur intégrité physique par la partie la plus visible de leur identité : le visage. Mais le sujet de N. Martin n’est pas là. Elle expédie d’ailleurs la partie médicale. D’abord soignée en Russie et mise à l’isolement, Nastassja Martin réussit, non sans mal, à être rapatriée en France où elle sera suivie à Paris puis à Grenoble. Ces passages médicaux font voir une jeune femme très courageuse, pudique sur sa souffrance et qui, en apparence, semble peu préoccupée de l’effet produit par son visage défiguré. Ce qui la soucie : l’ourse.
Une vraie découverte (merci encore Les Arpenteurs) sur un thème qui nous entraîne dans des régions mystérieuses de notre humanité et à la découverte d’une région russe qui semble magnifique.

Santiago H. Amigorena – Le Ghetto intérieur – Editions P.O.L.
L’auteur raconte l’histoire de son grand-père, Vicente Rosenberg, juif polonais exilé en Argentine en 1928. Il laisse toute sa famille derrière lui, à Varsovie.
Vicente se marie avec Rosita dont la famille est aussi issue d’Europe de l’Est. Les nouvelles du continent européen parviennent à Vicente par les lettres de sa mère auxquelles il répond de façon irrégulière. Et c’est ainsi que Vicente apprend l’existence du ghetto de Varsovie dans lequel sa famille vit enfermée. Des nouvelles confirmées par la presse européenne et que les amis de Vicente, exilés comme lui, lisent et commentent.
Petit à petit, la culpabilité ronge Vicente qui s’enferme dans un mutisme dont même la très attentionnée Rosita et leurs enfants ne peuvent le sortir. Coupable de ne pas avoir insisté et convaincu sa mère de le rejoindre quand il était encore temps. Coupable de ne pas avoir répondu aux lettres de sa mère.
Un livre émouvant qui se termine sur la naissance de Victoire, la fille de Rosita et Vicente, née le 17 juin 1945.

Deux auteurs que j’apprécie mais qui là ne sont pas au mieux de leur forme (selon moi)


Jean-Paul Dubois, « Tous les hommes n’habitent pas le monde la même façon », Editions de l’Olivier
Je suis ravie que J.P, Dubois ait obtenu le prix Goncourt 2019 grâce à ce livre mais ce n’est pas celui que j’aurais choisi pour le récompenser (aucune chance que je sois consultée).
Je résume : Paul Hansen est en prison à Montréal pour avoir agressé violemment le gérant de l’immeuble dont il est le surintendant (gardien). Paul partage sa cellule avec Horton, un Hells Angel, plutôt nounours, incarcéré pour meurtre et qui ne supporte pas qu’on lui coupe les cheveux.
Paul est le fils d’un pasteur danois et d’une française hippie (drôle de mélange). Depuis sa cellule, il nous raconte comment il en est arrivé là, alors qu’il menait une vie plutôt rangée avec sa femme, moitié indienne et pilote d’hydravion, et son chien. En plus Paul était très apprécié de tous les habitants de la résidence.
Horton est un personnage traité de façon caricaturale (le gros dur mais capable de sentiments, etc.) et les détails sur la promiscuité en prison sont répétitifs.
La partie la plus intéressante est sans doute son histoire familiale avec le couple improbable que forment ses parents et son père si touchant. On aimerait en savoir plus sur Winona, l’épouse de Paul, personnage à peine effleuré.
Il reste cette ambiance désabusée et nostalgique propre aux livres de J.P. Dubois. De cet auteur, je conseillerais plutôt « Une vie française », « La succession », « Tous les matins je me lève ».

William Boyd – L’amour est aveugle – Le ravissement de Brodie Moncur, traduit de l’anglais par Isabelle Perrin – Seuil
L’époque : fin du 19e siècle.
Les lieux : l’Ecosse, Paris, la Russie, les Îles Andaman (archipel situé au nord-est de l’océan indien);
Les personnages et l’intrigue : Brodie Moncur est un jeune écossais, accordeur de piano de son métier. Brodie travaille dans une fabrique de pianos. Il excelle dans son métier grâce à son oreille absolue. Son patron décide de l’envoyer à Paris dans la filiale gérée par son fils. Brodie est ravi de quitter l’Ecosse et son pasteur de père (tiens…encore un père pasteur) avec qui il entretient de très mauvaises relations. A Paris, Brodie fait la connaissance d’un célèbre pianiste, Kilbarron, de son frère diabolique Malachi. Brodie va tomber amoureux de Lika Blum, la maîtresse du pianiste, soprano ratée et femme mystérieuse. Brodie et Lika vont s’enfuir ensemble puis sont rattrapés par Malachi le diable (mais quelles relations Lika et Malachi entretiennent-ils ?). Lika apparaît, disparaît de la vie de Brodie. Bref, le livre est riche en rebondissements et en plus on voyage.
A le raconter ainsi je me demande pourquoi je n’ai pas plus apprécié ce livre qui comporte pourtant tous les ingrédients du romanesque…

Ce contenu a été publié dans Romans, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

1 Response to Rétrospective 2019 – Episode 2

  1. Elle - Twin Books dit :

    J’avais adoré le Llobet, tout comme son précédent !

Laisser un commentaire