Deux livres d’avant le confinement

Voici deux livres que j’ai lus avant la période de confinement. Si vous êtes à la recherche de livres distrayants, qui vous fassent oublier cette difficile période, passez votre chemin…Ces deux livres nous parlent de la souffrance des jeunes : souffrance psychologique liée à la maltraitance familiale ; souffrance face à la maladie et la mort.

Champion de Maria Pourchet – Folio

Champion est le double de Fabien un adolescent de 15 ans placé dans un internat à quelques kilomètres seulement de chez lui.
Fabien s’adresse par écrit à sa psychiatre comme elle le lui a demandé. Quand il rentre chez lui le weekend, Fabien vit l’enfer. Sa mère qui semble le détester le maltraite, et son père, désemparé, ne fait pas grand chose pour défendre son fils.
Et Fabien accumule les « bêtises » de son âge : boire, fumer, voler, être mêlé (peut-être ?) au meurtre d’une vielle dame.

On découvre progressivement qui est Champion et le secret de famille qui a bouleversé le lien entre Fabien et sa mère. Un livre grinçant, déroutant, original. L’écriture m’a un peu dérangée au début (un peu affectée pour imiter un style ado) et puis on s’y fait car Fabien est attachant et émouvant.

Un livre recommandé par Les Arpenteurs

Pierre Jourde – Winter is coming – Folio

Encore plus triste que le précédent et encore plus bouleversant car nous ne sommes plus dans la fiction.

Gabriel Jourde, alias Gazou, 20 ans, est atteint d’un cancer du rein rarissime, associé à une maladie d’origine génétique, la drépanocytose, qui touche les jeunes Noirs.
Pierre Jourde, son père, raconte la dernière année de Gabriel, les séjours à l’hôpital, la succession des examens.
Parfois, ces terribles maladies s’endorment le temps d’une rémission trompeuse pour mieux imposer leur brutalité après le fol espoir.

Les dernières pages sont terribles peut-être insoutenables face à la souffrance de Gabriel et au désespoir des parents. Le père se revoit dans cette chambre d’hôpital, les mains retournées en signe d’impuissance, tournées vers qui, vers quoi ? Ce sont les derniers instants de Gabriel :

« Voici que, dans la pénombre, la mère est assise au chevet de son fils, la te^te penchée sur lui, les deux mains posées sur son bras ; Hélène, debout, en retrait, regarde elle aussi Gabriel qui dort, ou qui voyage dans les visions de la morphine. Toutes deux le veillent et ne le quittent pas des yeux, comme s’il suffisait d’un moment d’inattention pour qu’il nous échappe à jamais. Voici que le père, debout lui aussi, sans en avoir d’abord conscience, les bras écartés du corps, ouvre les mains. C’est le geste instinctif d’impuissance de qui s’avoue désarmé; ces mains devraient agir, mais ne peuvent plus rien faire cette fois, plus rien à prendre ni à donner, rien à saisir, on ne peut plus caresser l’enfant, ni le soigner ni le prendre dans ses bras pour le consoler, comme quand il était petit et qu’il était tombé, on le voudrait mais c’est impossible, alors que faire d’autre, devant l’inéluctable, que de laisser ouvertes les mains. »

La suite est tout aussi émouvante avec une magnifique comparaison avec des comparaisons puisées dans les souvenirs esthétiques de l’auteur. Lui revient alors en mémoire des scènes de « descentes de croix des maîtres anciens ». Et puis le père culpabilise de réagir ainsi dans un moment pareil :

« S’en vouloir un instant de faire l’esthète et l’amateur d’art au moment même de la mort de son enfant, même là trouver encore le moyen de simagrées et des poses avantageuses, et puis non, comprendre que ce n’est pas cela, ils savaient, les maîtres anciens, ce que c’était que la souffrance humaine, ils connaissaient bien ce qui s’empare des muscles et des regards, cette force qui meut les bras, incline les têtes et fait jaillir les larmes, comme si une présence invisible empoignait, tordait et modelait ce corps qui ne sait pas ce qui s’empare de lui, qui ne sait pas comment ni où se tenir, et s’abandonne. »

Certes la littérature peut-être source de consolation ou de distraction (surtout en période de confinement) mais elle nous aide aussi à nous rapprocher en témoignant d’une universelle expérience.

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