Déménagement : certains livres ont suivi, d’autres pas…

En raison d’un déménagement d’une ville à une autre, j’ai trié ma bibliothèque. Certains livres sont partis avec moi, d’autres donnés des amis à des associations, etc.

Quels sont ceux qui partent ? Les livres dont je n’ai pas gardé un bon souvenir, les livres en double, les livres qui ont mal vieilli (ceux dont les pages ont jauni et qui dégagent une odeur de poussière quand on les ouvre), les livres universitaires dépassés, certains « beaux livres » (Coffee table books) rarement ou jamais ouverts. J’espère que tous ces livres qui ne m’ont pas suivie trouveront de nouveaux lecteurs et de nouvelles lectrices qui les traiteront bien.

Notes en vrac sur Yasmina Reza
Je vais reprendre des notes en vrac que j’ai écrites pendant l’année 2021. Parmi les livres qui me suivent, et dont je n’ai pas eu le temps de parler dans ce blog, il y a ceux de Yasmina Reza, une auteure que j’ai découverte récemment alors qu’elle est vraiment connue et notamment pour son théâtre. Va savoir pourquoi je la snobais un peu. Je n’ai pas vu ses pièces, j’avais juste lu le livre qu’elle avait écrit alors qu’elle suivait la campagne électorale de N. Sarkozy. Le livre m’avait ennuyée, on sentait Y. Reza peu à l’aise dans l’exercice. Bref un premier rendez-vous manqué. Et puis j’ai lu « Serge » paru en 2021 et j’ai accroché à l’univers de Y. Reza : son humour, sa distance avec les événements, sa façon de se protéger des clichés. Dans « Serge« , la famille Popper – Serge le frère aîné, Anna alias Nana et Jean le cadet et le narrateur – se retrouvent pour visiter Auschwitz où sont morts leurs grands-parents. Une visite désacralisée par le comportement des uns et des autres qui pourraient nous ressembler, « Je n’ai pas pu me comporter affectivement dans ces lieux aux noms cosmiques Auschwitz et Birkenau. J’ai oscillé entre froideur et recherche d’émotion qui n’est autre qu’un certificat de bonne conduite. De même, me dis-je, tous ces souviens-toi, toutes ces furieuses injonctions de mémoire ne sont-ils pas autant de subterfuges pour lisser l’événement et le ranger en bonne conscience dans l’histoire.« 

« Le temps est le seul sujet » affirme Y. Reza. La méchanceté du temps qui passe. Dans « Hammerklavier » (1997) il est question de a mort du père et de celle de son agent littéraire Marta. « Le bonheur n’est su que perdu » renchérit-elle. Quand elle perd le petit livre qu’elle avait écrit avec sa fille Alta (le livre s’appelle La Râleuse) elle est complètement paniquée. Alta ne réagit pas de la même façon : « Pourquoi suis-je attachée à ce livre et pas elle ? Parce ce que moi je connais sa valeur dans le temps. » selon Y. Reza nous savons mieux rêver que vivre.

Dans « Une désolation » (1999), Samuel est un vieil homme qui bougonne après son fils parti chercher le bonheur à Kuala Lumpur. Samuel râle après tout le monde. Il est d’une autre époque. Il a l’oeil aiguisé d’un moraliste du 18e. Il est parfois très drôle et porte sur son entourage un regard sans aucune complaisance. Samuel est capable de se fâcher avec un ami pour un simple désaccord sur une décoration d’intérieur. Seule Geneviève, une vieille amie retrouvée par hasard, trouve grâce à ses yeux. Mais Samuel ne dit pas que des bêtises…

« Heureux les heureux » (2013). Une galerie de personnages qui se succèdent dans de courts chapitres. Des histoires de couples, de trahisons, de relations parents/enfants. On progresse dans la lecture en réalisant que des correspondances se nouent entre les personnages. La construction de ce livre est assez virtuose. Le jeune homme qui se prend pour Céline Dion et qui finit en hôpital psychiatrique est celui qui m’a le plus émue. « Heureux les aimés et les aimants et ceux qui peuvent se passer de l’amour. Heureux les heureux. » Jorge Luis Borges.

« Babylone » (2016). Un de mes préférés. Comment une femme apparemment ordinaire bascule dans une situation extraordinaire à cause de son voisin qui ne paye vraiment pas de mine. On se croirait dans « Meurtres mystérieux à Manhattan » (Woody Allen).

Ensuite j’ai enchaîné avec Romain Gary. Je ne suis pas une bonne lectrice de Gary (que Catherine E. me pardonne) mais j’aime beaucoup l’homme. Il fait partie de ces auteurs que j’estimais de loin, dont j’avais lu certains livres il y a longtemps (Les Racines du Ciel, La Promesse de l’Aube). Et puis un jour, on ne sait pas pourquoi, une envie de Gary vous reprend. Pourquoi ? Des références fréquentes à son oeuvre, des biographies, une légère déception à la suite de livres plus récents, etc. J’ai donc démarré mon cycle Gary par Les Mangeurs d’étoiles, paru en 1966. Le tome 1 d’un cycle que Gary appelle La Comédie américaine (Adieu Gary Cooper est le tome 2).

Les Mangeurs d’étoiles a été écrit alors que Gary était consul de France à Los Angeles. Un petit séjour en Amérique du Sud l’a inspiré pour écrire ce roman étonnant : l’histoire d’un jeune dictateur, Almayo, qui prend le pouvoir dans un pays imaginaire. Inculte et fruste, Almayo est élevé par des pères espagnols. Il est fasciné par le Diable et par des artistes de music-hall (hypnotiseurs, magiciens, etc.) dont il espère qu’ils l’emmèneront un jours dans un au-delà où il rencontrera peut-être le Diable.

Almayo est entouré d’une troupe hétéroclite d’artistes et d’une fiancée américaine, arrivée dans le pays avec le Peace Corps. Exaltée, très amoureuse d’Almayo, elle va l’aider dans son ascension politique en faisant installer le réseau téléphonique jusque dans les coins les plus pauvres et en créant des écoles, des musées, etc. Almayo, lui, est à la recherche de Jack V : « Il y avait quelque part dans ce monde un être véritablement fabuleux, dont les pouvoirs sans pareil étaient incontestables, et dont les professionnels les plus sérieux et les plus dignes de foi, avaient certifié l’existence et le talent.« 

Almayo est décrit ainsi : « Les intellectuels, « les élites », l’avaient toujours appelé derrière son dos, « le mangeur d’étoiles ». C’était une allusion à son origine de Cujon, car c’était le nom qu’on donnait dans les vallées tropicales d’où il venait, aux Indiens qui se droguaient à la mastala, au mescal et, dans les montagnes, à la cola. Mais les Indiens n’avaient rien d’autre à se mettre sous la dent, et la mastala les rendaient très heureux, leur donnant des forces et leur permettant de voir Dieu dans leurs visions et de constater de leurs propres yeux qu’un monde meilleur existait vraiment. »

Les mangeurs d’étoiles est un roman picaresque qui commence par la déambulation d’une troupe hétéroclite dont les membres ont répondu à l’invitation du jeune dictateur. Et dans la troupe se trouvent un pasteur prêcheur célèbre aux USA, un avocat, un jongleur, un ventriloque et sa marionnette, ainsi que la fiancée et la mère d’Almayo. Tous voués à être fusillés (caprice d’Almayo), même la fiancée et la mère (qui mâche sans cesse du mastala) et entassés dans une Cadillac, ils ont entrepris un périple à travers le pays embrasé par une contre-révolution. Leur sort et celui d’Almayo est révélé à la fin du livre.

Un roman que j’ai lu avec plaisir en me rappelant cette époque (les années 60) où le pays d’Amérique du Sud étaient sous l’emprise de dictateurs et de révolutionnaires. Aux Espagnols colonisateurs, succédaient les américains du Nord. Le livre est une mine de personnages pittoresques, profonds, décalés et non conventionnels. Un retour en arrière pas démodé.

Ce contenu a été publié dans Romans. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire