MARITIMES

De Sylvie Tanette – Editions Grasset

Une île, « une miette en Méditerranée » peuplée d’habitants qui depuis toujours vivent en harmonie avec « le peuple de la mer ». Débarque sur l’île Benjamin, un jeune homme « à l’allure de dieu grec » (l’expression revient souvent comme une épithète homérique renforçant le caractère quasi mythologique du personnage), fuyant le continent « empêtré dans la dictature ». Les îliens ne lui posent pas de questions.

A proximité d’un monde que l’on devine en proie à une dictature, Benjamin trouve refuge dans un monde accueillant pour ceux qui ont besoin d’un abri et discrètement hostile envers les autorités. Si les îliens vivent en bonne entente avec les créatures de la mer, ils se méfient de ceux d’en face agacés par leur indépendance d’esprit. Les habitants accueillent poliment les touristes et les fonctionnaires que le continent leur envoie mais ils sont déterminés à préserver leur tranquillité surtout lorsque le préfet décide d’allonger le quai pour multiplier la fréquence des bateaux. Un bateau par jour leur suffit. L’île reçoit la visite d’un linguiste qui cherche des explications sur l’origine de la langue parlée sur ce petit bout de terre. Puis une scientifique, vient du Nord pour étudier « le code génétique » des habitants. Tous se font éjecter par les habitants toujours unis contre ceux d’en face. Ils écoutent toujours poliment, les mains croisées dans le dos, en disant non merci. Des scènes où pointent l’humour et la malice des habitants.

Benjamin lui est différent : « Pour la première fois quelqu’un nous a accordé de l’attention et a entendu ce que nous avons eu à dire », reconnaît le narrateur en racontant l’histoire d’amour de Benjamin et Michaëla. Si Benjamin est comparé à un dieu grec, la mystérieuse Michaëla est peut-être une déesse marine dont l’apparition a bousculé la vie de l’île. Vient-elle du peuple de la mer, ces créatures marines qui réapparaissent dès que les touristes s’en vont ? « Aucun touriste ne se doute de leur existence, nous seuls connaissons cette population qui depuis la nuit des temps partage les grands fonds méditerranéens avec les poissons, les phoques moines, les dauphins, et quelques monstres préhistoriques qui ont traversé les siècles. »

Avec Maritimes, Sylvie Tanette réussit le défi de nous raconter un conte qui aborde avec subtilité des thèmes universels sur l’oppression, les migrations, les tragédies d’amour…La mer, les mouettes, l’île, sont des personnages à part entière de ce conte méditerranéen grave et délicat.

« Il y a des moments où la mer donne l’impression de vouloir communiquer avec nous et d’autres fois où elle semble comprendre exactement ce que nous attendons d’elle. »

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