Récits de la soif – De la dépendance à la renaissance

de Leslie Jamison

Traduit de l’anglais (USA) par Emmanuelle et Philippe Aronson – Pauvert

Titre original : The Recovering (mais j’aime bien la traduction)

Leslie Jamison a commencé à boire de l’alcool à l’âge de 13 ans. Elle avoue une enfance pas très malheureuse. Elle essaie d’invoquer un père absent…Mais rien n’y fait, elle reconnaît que ce n’est pas suffisant pour expliquer pourquoi elle a commencé à boire.

Le récit de son combat contre la dépendance alterne avec des passages où elle convoque des artistes qui, comme elles, ont eu affaire à cette addiction. On citera parmi les plus connues : l’écrivaine anglaise Jean Rhys (1890-1979), Marguerite Duras (jusqu’à 9 litres de vin par jour à une époque), la chanteuse Billie Holliday, Raymond Carver, Bill Wilson (fondateur des Alcooliques Anonymes), David Foster Wallace, etc.

Leslie Jamison est une littéraire brillante qui a soutenu sa thèse, à l’université de Yale, sur le lien entre la dépendance à une substance et la créativité. Ce lien est une « foutaise » aux dires de Billie Holliday. La dépendance est d’abord une souffrance même si l’auteure évoque un sujet souvent tabou : le plaisir que procurent ces substances si dangereuses.

Le récit est découpé en 14 chapitres qui vont de l’Emerveillement (le premier verre d’alcool) aux Retrouvailles. Elle construit son récit en quelque sorte comme le programme de rétablissement des Alcooliques Anonymes (AA) qui est conçu en 12 étapes. Un programme que Leslie Jamison suit. C’est très intéressant d’ailleurs. Quel que soit l’endroit où on se trouve, on peut toujours assister à une réunion des AA. Confrontée à une irrépressible envie de boire, alors qu’elle est abstinente depuis plusieurs semaines et en déplacement dans un coin perdu, elle réussit à trouver une réunion des AA, au fond d’une grange. Cette organisation en groupes de paroles avec des parrains et des marraines est toujours impressionnante. On ne sait pas si les gens s’en sortent mais ils trouvent toujours quelqu’un à qui parler.

J’ai été très émue par certains passages, notamment celui qui raconte la mort de Billie Holliday, menottée sur son lit d’hôpital. Et puis cette femme, une ex-toxicomane, enfermée dans une prison/cage exposée en plein soleil et morte d’avoir été internée dans un programme de désintoxication inhumain.

Il existe des invariants dans nos sociétés qui font que l’alcoolisme, comme d’autres addictions, ne sont pas traitées socialement que l’on soit Noir ou Blanc, homme ou femme. Le récit de Leslie Jamison montre bien que le traitement social de l’alcoolisme ne suffit pas, c’est d’abord un combat individuel. Quand on referme le livre, on pense que Leslie Jamison l’a gagné mais sa vie sera désormais « une vie sans ».

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